Ce sujet regroupe les messages sur la liste AFES concernant Gérard Bourgeon
Bonjour à tous,
c’est une bien triste nouvelle que celle du décès de Gérard Bourgeon.
Nous étions amis de longue date, ayant simultanément choisi de nous spécialiser en pédologie à la fin de nos études à l’INA, et donc de suivre les enseignements du DEA de “Géologie dynamique, option pédologie, paléoclimatologie et géochimie des sédiments”.
Je cite l’intitulé complet, car il marque le caractère visionnaire de ce qui n’était pas simplement la fusion des spécialisations de l’INA et de l’ENSA de Grignon, écoles encore séparées, pour peu d’années, en 1971-72. L’étude des changements climatiques était déjà là, car enregistrée dans la pédogenèse.
Gérard Bourgeon avait une formation de lycée technique, et pour lui, une rectifieuse plane, telle qu’utilisée pour fabriquer des lames minces de grande taille pour la micromorphologie des sols, à Grignon ou à Rennes, était l’exemple de la beauté même. J’étais de formation classique, nourri de grec et de latin (sans être mort de faim, contrairement à l’exergue inscrit par Jules Vallès dans "Le Bachelier ») et j’admirais plutôt la Vénus de Milo. Nous nous sommes donc tout de suite entendus à merveille !
D’un certain côté, nous avions tous les deux « mal tourné » en nous orientant vers la pédologie, deux seulement sur 140 environ, rejoints par deux « grignonnais », un polytechnicien, quelques universitaires, un vénézuélien, un afghan… promotion hétéroclite vite soudée par le même enthousiasme pour la pédologie, et bénéficiant d’un enseignement de grande qualité, malgré (ou plutôt justement grâce à) son caractère un peu hétérogène, signe d’une grande liberté laissée aux enseignants, qui est la marque de l’enseignement supérieur universitaire. Rien de tel qu’une « marquèterie mal jointe », comme dit Michel de Montaigne, pour obliger l’étudiant à réfléchir !
Gérard Bourgeon, entré à l’IRAT, devenu Cirad ensuite, a étudié les sols sur l’ophiolite d’Oman, puis les sols rouges de l’Inde. Il a notamment donné une conférence remarquable sur l’évolution du concept de latérite depuis sa proposition par Buchanan. Il a bien montré dans sa thèse ce qui distinguait le milieu indien du milieu amazonien. Cette thèse, soutenue en 1991, après près d’une vingtaine d’années de travaux, était donc une thèse de maturité à l’instar de celles des « orstomiens », fondée sur une longue expérience de terrain, ici à l’Institut français de Pondichéry. Il contribuait ainsi au rayonnement de la culture française dans le monde indien. Avec Yann Gunnel il a monré le rôle de la tectonique sur la dénudation, la répartition et les propriétés des sols tropicaux.
La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était lors des obsèques de Georges Pédro, pour qui nous partagions la même vénération, et qui tenait en très grande estime les travaux de Gérard Bourgeon. Je n’imaginais pas ce jour là, 5 février 2019, que je ne devais plus le revoir…
C’est donc un grand pédologue qui nous quitte, pas assez remarqué sans doute, d’une grande culture, subtil, bienveillant et plein d’humour, et pour moi un ami très cher.
Avec mes condoléances à ses proches,
Guilhem Bourrié
Bonjour à tous
Triste nouvelle effectivement car justement j’ai encore fait référence la semaine passée à son article sur Buchanan et les “latérites” d’Asie, en fait des plinthites dans des Stagnosols qu’étudient en ce moment l’équipe de P. Jouquet dasn les rizieres au Cambodge et qui sont tres différentes des “latérites” décrites par la suite en Afrique par nos collegues Orstomiens. Christophe Ducommun peut nous faire un topo.
J’ai connu G, Bourgeon au CNRS, au centre de géochimie de la surface, rue Blessig à Strasbourg ou j’ai été affecté pour ma these (990-1995) et il était tres copain avec Philippe Larqué (décédé lui aussi en 2023), IR au CNRS qui lisait les diagrammes DRX d’argile à 5m de distance bien sûr des feuilles de papier et pas sur un écran.
C’était un spécialiste des argiles et je l’ai croisé ensuite a Montpellier et par hasard à Paris gare de de l’Est car il collectionnait les vieilles cartes postales. Il ressemblait a un derviche hindoux sans doute une marque de ses affinités avec les sanskritologues de Pondichery. Un personnage tres discret et tres sympathique.
Bref c’était un super minéralogiste, il était tres atypique au Cirad car c’était un vrai pédologue. Beaucoup disaient qu’en fait c’était le seul pédologue de cet institut.
je laisse à Laurent Caner le soin de nous rédiger un topo car il a été encadré par G. Bourgeon pour sa these en inde.
En tous cas Gérard Bourgeon été visionnaire car en Inde dans les Ghats il y a des Andosols sur roche non volcanique comme un peu dans le sud de l’Equateur et ses travaux m’ont servi de référence pour les identifier.
je me joins à Guilhem pour ses remarques et les condoléances à sa famille
Pascal Podwojewski
Bonjour,
Nous avions un ami commun.
J avais rencontré Gérard en 1975 dans le cadre de l Irat de bouake (rci) il travaillait dans la région de Touba.
Nous sommes restés ami et nous nous rencontrions souvent a Paris et à Montpellier.
Je lui avais rendu visite à Pondichery ou il était en poste,
J étais à ses obsèques, nous étions peu nombreux, j avais été prévenu tardivement.
Cordialement
D Durlin
C’est avec beaucoup d’émotion que j’apprends le décès de Gérard Bourgeon.
J’avais effectué avec lui une mission de deux semaines dans les Ghats occidentaux de l’Inde, principalement au Karnataka, en 2006, dans le cadre d’un projet CEFIPRA sur lequel Dominique Arrouays et Danny Lo Seen (CIRAD) étaient également impliqués. Gérard, qui était rompu à la collaboration avec nos collègues indiens et en particulier ceux du centre du NBSS à Bangalore, avait alors piloté la mission dont l’un des objectifs était d’évaluer les variations de stocks de carbone sur des chronoséquences, en lien avec les changements d’occupation du sol. Avec gentillesse et patience, il m’a transmis les rudiments de la pédologie de cette région de l’Inde, en n’oubliant pas de mentionner, effectivement, ces Andosols si particuliers. Gérard était également un fin connaisseur de la culture indienne et du fonctionnement de la société indienne, et cette mission a été pour moi passionnante. Après celle-ci, j’avais revu Gérard plusieurs fois, notamment pour aller déguster des plats indiens du côté de la porte de la Chapelle, à Paris, puis nous nous sommes perdus de vue.
Je garde le souvenir de quelqu’un d’une grande culture, et pas seulement scientifique, d’une grande humanité, humble, et d’un humour lui aussi très significatif!
J’adresse toutes mes condoléances à sa famille, Manuel Martin
Quelle triste nouvelle. J’ai eu le plaisir d’effectuer plusieurs missions avec Gérard en Inde, notamment lors de la création de la Cellule franco-indienne de recherche en sciences de l’eau à Bangalore. J’ai beaucoup appris à ses côtés. J’adresse mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Jean-Jacques Braun